• AU TERME DE PRÈS D'UN SIÈCLE DE VIE COMMUNE, FILLÉ ET GUÉCELARD SE SÉPARENT, LOI DU 30 JUILLET 1880

     

     

    guécelard

     

    La Gare de Guécelard vers 1900.

     

    Finalement, malgré l'opposition du Préfet de la Sarthe et du Ministre de l'intérieur de l'époque, après quinze années de pétitions, la ténacité des habitants du secteur de GUECELARD sera récompensée puisque le Conseil d'Etat saisi donne un avis favorable. Le Sénat et la Chambre des Députés adoptent la loi portant sur la séparation des deux communes, loi promulguée par Jules Grévy, Président de la République, la limite naturelle étant l'axe médian de la rivière Sarthe.

    En 1878, une nouvelle fois, Guécelard avait réitèré sa demande de séparation ; ci-dessous extrait de lecture dans une session ordinaire du Conseil Général de ladite requête :

    "Messieurs,

    "Les habitants de la section électorale de Guécelard, commune de Fillé-Guécelard, demandent de nouveau au Conseil Général de se prononcer sur l'érection de cette section en commune distincte.

    "L'origine de cette question remonte à une époque déjà éloignée. Elle a été soulevée dès l'année 1865, et, après différentes péripéties, le Conseil Général de la Sarthe a émis un avis favorable à la division, en 1872, comme l'avait fait précédemment le Conseil d'Arrondissement du Mans.

    "Une décision ministérielle du 21 mai 1873 a néanmoins rejeté cette demande, en se basant uniquement sur des raisons financières, et en alléguant que la commune dont on sollicitait la formation ne disposerait pas de ressources suffisantes pour assurer ses services obligatoires.

    "La nouvelle demande des habitants de Guécelard, formulée en leur nom par leurs Conseillers municipaux, affirme que cette situation a changé, qu'ils peuvent se suffire à eux-mêmes et assurer leurs services.

    "Mais votre commission n'a pu se procurer les renseignements nécessaires pour examiner cette délicate question, la pétition n'ayant été déposée qu'au cours de la session. Elle doit donc se borner à vous prier de demander à Monsieur le Préfet de réunir, pour la session d'août, tous les documents nécessaires, principalement au sujet de la position financière actuelle des deux sections de Fillé-Guécelard.

    "Qu'il nous soit cependant, dès à présent, permis de dire que la délibération du Conseil Général du 24 août 1872, prise sur les conclusions de Monsieur le marquis de la Suze, nous paraît fondée sur des motifs très sérieux.                                                                                                                                           .../..."

    Source Gallica Bnf.fr Bibliothèque Nationale de France
     

    Ainsi, suite à des demandes inlassablement répétées de Guécelard, le Conseil Général de la Sarthe dans sa première session ordinaire de 1878, demande que la séparation des deux sections soit ordonnée :

    fillé-guécelard 1879 conclusion

    Source Gallica Bnf.fr Bibliothèque Nationale de France (concernant les articles ci-dessus et ci-dessous).

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    En conclusion de cette affaire qui a "séparé" les deux communes pendant une quinzaine d'années, je livre un extrait de l'intervention d'un membre du Conseil à ladite session, intervenant qui s'est manifesté deux jours après la demande ci-dessus.

    ".../...

    "C'est par d'autres motifs que la question de la réunion ou de la division des communes doit être résolue et vous tiendrez à vous inspirer des principes généraux du droit administratif.

    "Quand l'Assemblée constituante a refait les circonscriptions territoriales de la France, elle était maîtresse d'agir à sa guise et pouvait céder à cet amour de la régularité géométrique qui semble posséder nos adversaires. Elle ne l'a pas fait et comprenant qu'une administration municipale est instituée pour servir les intérêts communs de chaque collectivité d'individus, partout où elle a vu un clocher avec ses intérêts distincts, elle a créé une commune. Chaque paroisse a été conservée telle que les hasards de notre vie nationale avaient pu la former et le législateur d'alors n'a pas cru pouvoir ôter, même aux plus faibles, le moyen de défendre les intérêts qu'elles avaient à représenter.

    "Ce sont ces principes, Messieurs, qui nous régissent depuis bientôt un siècle ; c'est à leur lumière qu'ont été résolues toutes les questions de réunion et de division des communes. Quand les intérêts de deux groupes d'habitants sont arrivés à être les mêmes, on a toujours considéré qu'un seul conseil municipal suffisait et on a prononcé la réunion ; quand au contraire, dans la même commune, il s'est formé deux groupes d'intérêts distincts, on n'a jamais hésité à leur donner une représentation distincte et vous venez de faire vous-même une judicieuse application de cette règle, en demandant, il y a deux jours, la division de la commune de FILLÉ-GUÉCELARD."

                                                                                    ..../....

    Mais, coup de théâtre, alors que le Conseil Général a émis maintes fois un avis favorable pour la division en deux communes de Fillé et de Guécelard, après avoir transmis leur avis et tout le dossier à Monsieur le Ministre de l'Intérieur, celui-ci leur répond le 28 Décembre 1879 par une dépêche insérée au rapport de Monsieur le Préfet. La publication de cette décision cause un grand émoi chez les intéressés qui s'attendaient à une autre solution.

    Voici le texte de la dépêche :

    "Paris le 28 Décembre 1879

    "Monsieur le Préfet,

    "Vous m'avez transmis, le 4 Novembre dernier, le dossier d'une pétition par laquelle les Conseillers Municipaux et habitants de Guécelard demandent la distraction de leur section de la commune de Fillé-Guécelard, canton de la Suze, arrondissement du Mans (Sarthe), et son érection en municipalité distincte.

    "C'est la troisième fois que l'Administration est saisie de ce projet, écarté en 1873 et en 1875.

    "Comme à cette époque, les pétitionnaires exposent que leur section possède tous les édifices publics nécessaires au fonctionnement d'une Municipalité, que séparés du chef-lieu par une barrière naturelle, la Sarthe, ils sont astreints à des déplacements pénibles et quelquefois même dangereux, aucun pont ne reliant les deux parties de la commune ; qu'enfin, la section de Guécelard représentée au sein du Conseil Municipal par un nombre de Conseillers inférieur à celui de la section chef-lieu, voit celle-ci s'approprier la plus grande partie des ressources communes.

    "En 1875, le Ministre de l'Intérieur reconnaissait que la traversée de la Sarthe pouvait occasionner une certaine gêne auprès des habitants de Guécelard et promettait d'y remédier par la création d'un adjoint spécial ; la section ne répondit pas à cette offre qui faisait disparaître les inconvénients signalés en supprimant les déplacements nécessités par les déclarations de l'état-civil.

    "Depuis, aucun fait nouveau n'est venu modifier la situation ; je ne vois, par conséquent, aucune raison de revenir sur les décisions prises par mes prédécesseurs.

    "L'examen personnel que j'ai fait du dossier m'a, au contraire, convaincu que le démembrement ne pourrait avoir lieu sans nuire à la fois aux intérêts généraux et à l'intérêt particulier des deux groupes de population.

    "Si, en effet, les deux sections ont en population et superficie une importance qui permettrait à la rigueur de les constituer en municipalités distinctes, leur situation financière deviendrait très obérée après la séparation. Sans être riche, la commune de Fillé-Guécelard peut faire face à ses dépenses à l'aide de centimes additionnels qui rapportent chacun 71 frs ; elle peut consacrer près de 1,000 frs par an au soulagement de ses pauvres. Il est incontestable que, réduites à un principal de 3,300 ou 3,800 frs donnant par valeur de centimes 33 à 38 frs, les deux communes qu'il s'agirait de créer seraient beaucoup plus pauvres ; et, pour équilibrer le budget de Guécelard, on serait obligés de diminuer au détriment des services publics la dotation de chacun d'eux. D'ailleurs, cette section serait légalement obligée d'entretenir une école de filles, et le bâtiment lui manquant, elle devrait en construire une ou deux dans un local provisoire. Il lui faudrait également une salle de mairie dont la dépense n'est pas prévue au budget.

    "La commune actuelle paraît être administrée avec intelligence et impartialité, aucune cause sérieuse de rivalité n'existe entre les sections, les ressources ne sont pas comme l'allègue Guécelard, exclusivement employées à l'avantage de la section de Fillé puisque sur 12,398 mètres de chemins vicinaux existant dans la commune entière, Guécelard en renferme 8,413 mètres et Fillé seulement 3,935.

    "Dans ces conditions, j'estime que le mieux est de maintenir l'état de réunion, sauf si, la section de Guécelard le désire, à provoquer, comme le proposait mon prédécesseur, la nomination d'un adjoint spécial pour remplir dans ce village les fonctions d'officier de l'Etat-civil.

    "Vous trouverez ci-joint le dossier de l'affaire moins quelques documents que j'ai conservés pour ordre.

    "Recevez, Monsieur le Préfet....

    Source dépêche Mr le Ministre de l'Intérieur du 28 Décembre 1879 Gallica Bnf.fr Bibliothèque Nationale de France

    A la session extraordinaire de Mars 1880, le Conseil Général prend donc connaissance de cette situation. C'est la consternation. Pour dissiper l'émotion suscitée et pour calmer les esprits, un des interlocuteurs qui est en charge du dossier précise aussitôt que, dans un premier temps, celui-ci  avait donc été renvoyé par Monsieur le Ministre mais, suite à de nouvelles démarches, il avait été redemandé et, qu'à la période de cette session de Mars 1880, le dossier était toujours mis en examen de la section qui en saisira prochainement le Conseil d'Etat. Il insiste sur le fait qu'à l'heure où il parle, rien ne peut faire préjuger d'une situation défavorable et justifier les craintes qui se manifestent. Il ajoute, pour conclure, que la semaine suivant cette session de Mars 1880, le Conseil d'Etat statuerait sur cette affaire. 

    A LA SUITE DE NOUVELLES DEMARCHES, MONSIEUR LE MINISTRE DE L'INTERIEUR A BIEN VOULU REEXAMINER A NOUVEAU CETTE AFFAIRE ; IL Y AVAIT TOUT LIEU D'ESPERER QU'IL REVIENDRAIT SUR CETTE PREMIERE FIN DE NON-RECEVOIR ET QU'IL CONSENTIRAIT A TRANSMETTRE LE DOSSIER AU CONSEIL D'ETAT.

    Source BNF.fr Gallica B ib liothèque Nationale de France


    ET, ENFIN GRACE A LA PERSEVERANCE DES HABITANTS DE GUECELARD, FILLE ET GUECELARD SONT DESORMAIS DEUX COMMUNES DISTINCTES A LA DATE OFFICIELLE DU 30 JUILLET 1880.

    Guécelard et Fillé ne sont pas le seul cas unique de défusion de communes :

    A peu près à la même période, en 1872,  près de Redon, le village de Sainte-Marie d'où mes grands-parents paternels étaient originaires, s'est détachée de sa commune voisine de Bains sur Oust. La commune de Sainte-Marie-de-Redon  compte aujourd'hui 2 200 habitants.  Vingt ans plus tard et douze ans après la scission de Fillé et Guécelard, la loi du 13 avril 1892 distrait de la commune de la commune de Neuilly sur Marne, les sections de Neuilly-Plaisance et du plateau d'Avron.

    La séparation de deux villes comme Neuilly-Plaisance et Neuilly-sur-Marne s'était faite par consentement mutuel car l'urbanisation croissante ranima vite la question de la séparation qui était la seule issue possible pour Neuilly-sur-Marne qui voyait, déjà cette époque, le risque de se voir absorbée par la montée démographique de Neuilly-Plaisance.

    Le problème se serait sans doute posé, au siècle dernier, dans des proportions moindres, mais néanmoins bien sérieuses, entre Fillé et Guécelard car avec la présence de la route nationale qui traverse le bourg et  l'avènement des transports, la commune de Guécelard a vu sa population augmenter dans des proportions beaucoup plus importantes que celle de Fillé (2674 hab. au dernier recensement de 2008 pour Guécelard contre 1522 pour Fillé) .     

    Au fil du temps, de nombreuses communes se sont scindées quand d'autres, à l'inverse, se rattachaient...

     

    Monsieur GARNIER Louis a été réélu Maire à la suite de la séparation de GUÉCELARD .
    Le 21 Novembre 1880.

    Désormais, le Maire - n'ayant plus le loisir de recevoir les pétitions des guécelardais demandant leur scission - le 8 Mai 1881, il se contente de donner lecture au conseil d'une autre pétition : celle adressée par les nombreux habitants des îles qui se plaignent des inondations successives et de l'inertie de la municipalité à y remédier !

    En Novembre 1881, l'instituteur publique, Monsieur M.... a été prié par la Municipalité de donner des cours à des adultes sur leur demande. Celui-ci est tout disposé à
    condescendre à leur désir, trois fois par semaine. Une quinzaine de jeunes gens ont manifesté le désir de les suivre en venant se faire inscrire en Mairie ; Monsieur le Maire remercie Monsieur l'Instituteur de son désintéressement.
    Il existait deux écoles : l'école primaire des garçons et l'école primaire des filles. Chaque année on dressait la liste de ceux qui étaient admis gratuitement et ceux qui devaient payer.

    L'ancien cimetière auprès de l'église ayant été supprimé , un nouveau cimetière est construit à sa localisation actuelle. On l'entoure de haies vives mais il est décidé de construire un mur car les tombes sont fréquemment bouleversées par les animaux. Un mur d'enceinte sera édifié et les moëllons seront pris à Saint-Benoît. Le préfet est d'accord pour la construction du mur et le cimetière ainsi sera clos. Mais en Janvier 1884, le Maire expose l'impossibilité de commencer le mur du cimetière cette même année (année électorale), et le conseil considérant qu'il vaut mieux entrer de plein pied dans le cimetière que d'avoir trois marches à monter...

    Le compte-rendu des recettes de la fabrique donne un résultat excédentaire de 3080,50 francs mais, souligne-t-on, la voûte entière de l'église est à refaire.

    Le 18 Mai 1884, Monsieur GARNIER Louis est réélu Maire de FILLÉ. A la Toussaint 1884, on inaugure en grande pompe la croix du nouveau cimetière.

    En 1885, il est toujours question du mur... : souscription en nature pour clôture du cimetière mais d'autres projets sont en cours : il est demandé une étude de tracé concernant le passage du futur tramway du Mans à La Flèche (passage de la rivière).
    Il est d'ores et déjà acquis que la contrainte du passage par bac est une voie de communication tellement imparfaite qu'elle devra être un jour remplacée par un pont ; en outre, assujettie à un droit de péage qui, journellement répété, devient onéreux : tôt ou tard, le Département ou l'Etat sera dans la nécessité donc d'établir un pont.

    En 1885 toujours, Monsieur le Marquis de Broc fait acquisition d'une mail-coach de 16 places construites par les Ets Bollée du Mans. "Des paysans attrapent de peur la jaunisse tandis que dans les prés les vaches deviennent ribaudes ! On entend la pétoire jusque dans les Basses-Iles" (sic).

    Puis en 1887, cette année-là, l'ordre moral se mit en branle à la suite d'une affaire concernant une jeune femme de Fillé et ses filles naturelles. Le Maire de Fillé tient ces propos devant le Conseil Municipal :

    "Serait-il équitable, serait-il décent d'imposer aux communes les plus morales ce qu'on pourrait appeler le tribut du vice ?"

    Ces paroles se passent de commentaires mais sont évidemment pour le moins choquantes quand on les relit à notre époque...

     

    En ce qui concerne les paragraphe écrits en noir, ceux-ci sont extraits des Données chronologiques remises par Monsieur Pierre Gouet au Maire de Fillé (Pierre Gouet 2005/2006).

     


    Le 20 Mai 1888, Monsieur Charles de VAUGUION, commandeur de la Légion d'Honneur est élu Maire de FILLÉ et réélu le 15 Mai 1892.



    En 1892 commença la construction du chemin n° 7 dit de la "Richardière". Dès la fin décembre de cette même année, une période de froid glacial eut lieu sur notre territoire jusqu'au 25 janvier 1893. Les minima atteignirent - 12°  au Mans. La Sarthe, comme toutes les rivières, fut gelée.  L'hiver 1894/1895 fut tout aussi rigoureux  : la terre était gelée jusqu'à 65 cm de profondeur et c'est surtout notre région et avec elle, tout l'Ouest de la France qui fut particulièrement touchée. 

    En 1893 une sécheresse exceptionnelle sévit et il fut accordé une subvention à répartir entre les agriculteurs nécessiteux et les plus dignes d'intérêt.









    Sources manuscrites des paragraphes écrits en bleu :

    Extraits des recherches auprès des archives municipales de la Mairie de Fillé.




     
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